La dépigmentation volontaire reste une pratique très présente au Togo. Mais peut-on réellement dire quelles régions du pays sont les plus touchées ? Les données disponibles permettent de dresser quelques constats, mais elles invitent aussi à la prudence. Les études scientifiques réalisées au Togo montrent surtout une forte présence du phénomène dans le Grand Lomé. En revanche, il existe encore peu de données permettant de classer précisément les cinq régions du pays selon le taux de femmes qui utilisent des produits dépigmentants.
Lomé, la zone la mieux documentée
La capitale togolaise apparaît comme le principal point de référence dans les études consacrées à la dépigmentation.
Une enquête publiée en 1998 avait porté sur 910 femmes âgées de 15 à 56 ans à Lomé. Parmi elles, 536, soit 58,9 %, déclaraient utiliser des produits dépigmentants. Les chercheurs avaient également constaté des différences selon l’âge, le statut matrimonial, le niveau d’instruction et l’activité professionnelle.
Cette étude reste ancienne. Elle ne permet donc pas d’affirmer que 58,9 % des femmes de Lomé utilisent encore aujourd’hui des produits dépigmentants. Elle constitue toutefois un indicateur important de l’ampleur historique du phénomène dans la capitale.
Plus récemment, une étude consacrée aux facteurs psychosociaux de la dépigmentation a encore ciblé le District autonome du Grand Lomé, notamment les communes du Golfe et d’Agoè-Nyivé. L’enquête concernait 320 femmes utilisant volontairement des produits dépigmentants depuis au moins six mois.
1. Grand Lomé : la zone la plus documentée
Niveau de preuve : élevé
C’est la zone pour laquelle les chercheurs disposent du plus grand nombre de données.
Les travaux disponibles concernent notamment :
- Lomé ;
- le Golfe ;
- Agoè-Nyivé ;
- les services de dermatologie de la capitale ;
- les salons de coiffure et de tresses ;
- les boutiques et points de vente de produits cosmétiques.
Il serait donc plus juste de dire que le Grand Lomé constitue la principale zone documentée de la dépigmentation au Togo, plutôt que d’affirmer qu’elle possède nécessairement le taux national le plus élevé.
2. Région Centrale : le phénomène est également signalé
La dépigmentation ne concerne pas uniquement la capitale.
LIRE AUSSI : 10 000 pas chaque jour : ce que les chercheurs veulent désormais que vous sachiez
Un événement récent montre que le sujet fait également l’objet d’actions de sensibilisation dans la préfecture de Tchaoudjo, dans la région Centrale.
Le 20 août 2026, l’ONG Programme d’appui à la femme et à l’enfance déshéritée (PAFED) a organisé à Sokodé une sensibilisation destinée à des patronnes et apprenties de la commune Tchaoudjo 1. La rencontre portait notamment sur les cancers et les conséquences de la dépigmentation volontaire.
Cela confirme que le problème est également pris en compte dans le centre du pays. Toutefois, cette action de sensibilisation ne permet pas de calculer un taux de prévalence.
3. Région de la Kara : des données existent, mais pas de classement
La région de la Kara apparaît également dans la recherche médicale consacrée à la dépigmentation.
Des chercheurs de l’Université de Kara ont participé à une étude nationale sur les complications liées à la dépigmentation volontaire. Les travaux ont notamment impliqué le service de dermatologie de l’hôpital universitaire de Kara.
Mais là encore, les données disponibles ne permettent pas d’affirmer que la Kara serait la deuxième région la plus touchée après le Grand Lomé.
Il faut donc éviter de publier un classement artificiel.
4. Plateaux et Savanes : manque de statistiques fiables
Pour les régions des Plateaux et des Savanes, les recherches disponibles ne fournissent pas suffisamment de données représentatives permettant de calculer un pourcentage fiable des femmes pratiquant la dépigmentation.
Cette absence de chiffres ne signifie évidemment pas que le phénomène n’existe pas.
Elle montre surtout qu’il existe encore un déficit d’études épidémiologiques couvrant l’ensemble du territoire togolais.
Il serait donc trompeur d’écrire, par exemple, que « les Savanes sont la région la moins touchée » simplement parce que peu d’études ont été retrouvées.
Ce que les chiffres permettent réellement de dire
Les données scientifiques disponibles permettent surtout de retenir un chiffre important : 58,9 % des 910 femmes interrogées à Lomé utilisaient des produits dépigmentants dans l’étude publiée en 1998.
Chez ces utilisatrices, les chercheurs ont identifié plusieurs types de produits :
- dérivés mercuriels : 30,9 % ;
- hydroquinone : 24 % ;
- dermocorticoïdes : 18,5 % ;
- produits dont la composition était inconnue : 25,6 %.
L’étude avait aussi relevé une forte proportion de complications dermatologiques. 371 femmes sur les 536 utilisatrices, soit 69,2 %, présentaient au moins une complication cutanée.
Parmi les problèmes observés figuraient notamment les troubles de pigmentation, l’acné et les altérations de la structure de la peau.
Une pratique qui peut avoir des conséquences plus larges
La question ne concerne pas uniquement l’apparence de la peau.
Une étude cas-témoins menée au Togo entre 2009 et 2013 a comparé 150 femmes utilisant des produits dépigmentants à 300 femmes témoins. Les chercheurs ont observé des associations entre la dépigmentation volontaire et certains problèmes de santé, notamment l’hypertension artérielle et l’obésité.
Les auteurs ont notamment trouvé, après ajustement statistique, une association avec l’hypertension systolique et l’obésité. Ces résultats montrent l’intérêt de renforcer la prévention et l’information sur la composition des produits utilisés.
Attention aux chiffres qui circulent sur les réseaux sociaux
On trouve parfois des affirmations selon lesquelles 30 % des Togolaises pratiqueraient la dépigmentation. Ce chiffre a notamment été repris dans un ancien dossier de République Togolaise.
Cependant, il ne faut pas le présenter comme une statistique nationale récente.
Les études disponibles sont souvent anciennes ou réalisées sur des échantillons précis. Elles ne permettent pas de déterminer avec précision la proportion actuelle de femmes concernées dans chacune des régions du Togo.
Alors, quelles sont les zones les plus touchées ?
À partir des sources disponibles, le classement le plus prudent serait le suivant :
1. Grand Lomé — zone la mieux documentée et fortement concernée
2. Kara — phénomène documenté dans le milieu dermatologique, mais sans taux régional fiable
3. Centrale — phénomène confirmé, notamment autour de Sokodé, avec des actions récentes de sensibilisation
4. Plateaux — données régionales insuffisantes
5. Savanes — données régionales insuffisantes
⚠️ Ce classement n’est pas un classement épidémiologique officiel. Il reflète surtout le niveau de documentation disponible dans les sources consultées. Il serait donc incorrect de présenter ces cinq positions comme des taux de prévalence.
Le véritable enjeu : obtenir des chiffres région par région
Le Togo dispose de données scientifiques importantes sur la dépigmentation, mais elles restent concentrées sur certaines zones et certaines populations.
Une nouvelle enquête nationale pourrait permettre de savoir combien de femmes utilisent actuellement ces produits à Lomé, Tsévié, Atakpamé, Sokodé, Kara, Dapaong et dans les autres grandes villes du pays.
Une telle étude permettrait également de déterminer les produits les plus utilisés, leur fréquence d’application et les complications les plus courantes.
En attendant, les données disponibles montrent déjà que la dépigmentation volontaire constitue un véritable sujet de santé publique et de prévention, et pas seulement une question esthétique.



